Voici la réponse que je lui ai adressée et que vous trouverez dans quelques-uns des blogs ou sites algérianistes. Il est vrai que cette lettre de Savelli a eu un écho très large au sein de la population pied-noir qui l'a diffusée et commentée abondamment.
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Alger, le 5 janvier 2008
Monsieur le Professeur,
Par l’entremise d’un site pied-noir qui me l’a transmise, je viens de prendre connaissance d’une copie de la lettre que vous avez destinée au président algérien, Bouteflika, à propos de « l’injure du génocide de l’identité… »
Bien que n’ayant guère ni l’intention ni la prétention de me substituer au destinataire qui dispose d’assez de conseillers et de rédacteurs compétents pour répondre, au besoin point par point, à cette correspondance bien fielleuse, je ne puis, en tant que simple lecteur algérien de culture essentiellement française, vous laisser dire nombre de contrevérités qu’il me plaît d’imputer simplement à de graves lacunes de votre culture historique.
• De la composition ethnique des populations nord-africaines du premier millénaire, vous faîtes un curieux amalgame, où s’entremêlent puniques, Romains et Berbères. Comme si les Phéniciens et les Romains avaient fait souche et pris une place prépondérante dans la région, vous reléguez les véritables autochtones, autrement dit les Numides ou Berbères, au dernier rang des ethnies dominantes. Poursuivant sur votre lancée, vous faîtes naturellement table rase de l’existence sur les lieux tant avant qu’après l’avènement de l’islam de royaumes organisés pouvant pourtant largement soutenir la comparaison avec leurs homologues d’Europe de la même période.
• Je voudrais croire que votre emploi péjoratif du mot « troupeaux » pour désigner des esclaves berbères résignés et conduits au Moyen Orient pour y être vendus dans les souks n’a pas la connotation à caractère animal que votre texte laisse entrevoir en filigrane.
• C’est avoir une piètre idée de l’histoire de France que de laisser accroire : « Les Français de 1830 sont venus à Alger pour détruire les repaires barbaresques … et affranchir du joug turc les tribus arabes et berbères opprimées ». Le projet de la colonisation de l’Algérie avait mûri en réalité, dès 1805, dans l’esprit du petit Napoléon, à la suite de la dégelée qu’il venait d’essuyer en Egypte par la marine de Sa Majesté. N’est-ce pas qu’il avait fallu, plus tard, à la marine française, user de mille subterfuges pour se faufiler à travers les mailles tendues par cette même marine britannique pour venir faire le siège d’Alger, pendant huit longues années, avant de déclencher l’invasion de Sidi-Ferruch, en juillet 1830 ? La vérité est que, emprisonnée dans ses frontières étroites, la France qui avait été battue à plate couture pour l’énième fois à Waterloo ne pouvait aller à la conquête d’autres terres plus lointaines sans courir le risque d’y laisser les dernières pièces de sa flotte. Pays dépeuplé et miséreux, l’Algérie toute proche, avec ses 3 millions d’habitants (et non 900000 comme vous l’écrivez faussement), était donc une proie facile pour la France de 30 millions qui était, du moins jusqu’en 1805, la première puissance mondiale.
• Dire encore que les populations algériennes de 1830 étaient sous-développées et soumises aux épidémies et au paludisme, démontre à n’en pas douter un parti pris manifeste que contredisent les officiers français eux-mêmes qui avaient conduit la colonisation. Voici ce qu’écrit le Colonel Forey, en soulignant d’ailleurs un digne fait d’armes qui, à mon sens, justifie à lui seul la fameuse repentance demandée à la France : « … Là, plus de gourbis isolés, mais des villages semblables à nos bourgs de France, dans les plus belles positions, tous entourés de jardins, de forêts immenses d’oliviers… Tous, nous étions stupéfaits de tant de beautés naturelles, mais les ordres étaient impératifs et j’ai cru remplir consciencieusement ma mission en ne laissant pas un village debout, pas un arbre, pas un champ. Le mal que ma colonne a fait est incalculable. Est-ce un mal ? Est-ce un bien ? Pour mon compte, je crois que c’est le seul moyen d’amener la soumission ou l’émigration de ses habitants… Le blocus du Grand-Pic, où nous avons pris par la soif et la faim une immense population, est un fait d’armes très remarquable.»
• Prétendre encore qu’à l’inverse des Turcs qui ont massacré les Arméniens ou des Américains les Amérindiens, etc., la France a plutôt soigné les populations du Maghreb…, c’est contredire un autre officier supérieur, le Colonel Canrobert à l’état d’âme suffisamment révélateur des réels objectifs poursuivis par la France en Algérie : « Acteur ou spectateur forcé dans une multitude de ces drames (pillages), je n’ai que trop appris à reconnaître les désastreux effets de ce terrible et barbare moyen. J’ai dû souvent gémir sur la démoralisation profonde qu’il jette dans le cœur du soldat qui égorge, vole, viole et s’y bat pour son compte particulier devant ses officiers souvent impuissants à le retenir… Nous avons fait de longues courses, pour brûler, piller et ravager les tribus comprises entre Blida, le Chélif et les environs de Cherchell : bien que la terreur que nous avons inspirée soit grande… le but principal qui est la pacification est loin d’être atteint. »
• Jouer au samaritain pour justifier par ailleurs la colonisation heurte incontestablement l’esprit même qui avait guidé ses concepteurs en même temps que ses exécuteurs. Le Général Lamoricière est l’un de ceux-ci qui ose écrire : « … Il nous faut des colons européens, car, nous ne pouvons jamais avoir assez de confiance dans les indigènes, qui, au premier bruit de guerre, ne manqueraient pas de se révolter. Entre la conquête et l’occupation réelle, la soumission des Arabes n’est qu’une transition indispensable. Une population chrétienne agricole peut seule nous permettre d’espérer qu’il nous sera possible, un jour, de nous maintenir en Algérie... Tout faire pour attirer le plus promptement possible en Algérie le plus grand nombre de colons possible, les encourager en leur donnant la terre aussitôt et au fur et à mesure qu’ils nous arriveront. »
• Oser avancer que la France a laissé, en 1962, une Algérie prospère, c’est encore faire fi d’une réalité criante et incontournable : « Nous étions, en 1956, une vingtaine de pharmaciens, 75 médecins, 400 instituteurs, 3 ingénieurs », écrivait Ferhat Abbas, page 22, dans « Autopsie d’une guerre ». Que pouvaient donc représenter de tels chiffres si édifiants par rapport aux dizaines de milliers de médecins, ingénieurs, pharmaciens et autres cadres recensés dans la communauté des pieds-noirs, pour la plupart venus d’Espagne, du Portugal, de Malte, d’Italie, de Pologne, et d’ailleurs qui bien souvent ne connaissaient pas même l’alphabet de la langue française ? N’est-ce pas là une autre justification pouvant appuyer la demande de repentance ?
• Nous rebattre les oreilles à tout bout de champ à propos des harkis, en leur attribuant des qualités que seule l’armée française leur avaient trouvées en les utilisant à bon droit pour exécuter les basses besognes qu’elle n’osait elle-même entreprendre, c’est encore remuer le couteau dans une plaie qui, par la faute des revanchards pieds-noirs, est loin est de se cicatriser. A vrai dire, les Algériens se sont déjà largement exprimés sur la question : ils vous font cadeau de ces criminels-là, dont de Gaulle seul avait su mesurer la valeur en les parquant sous bonne garde dans des enclos grillagés, exactement comme des bêtes féroces qu’ils ont toujours été.
• Quant aux chiffres dantesques des Algériens (ou même des harkis) tués au lendemain de l’indépendance, que l’on cite ici ou là sans consistance et sans preuve d’aucune sorte, je vous laisse personnellement libre de les multiplier à votre guise. Fruits de votre seule imagination, ils le resteront et n’auront d’impact que sur les esprits nigauds capables de les assimiler. Ayant vécu de près la totalité de la guerre d’Algérie, je puis assurer que ces supplétifs tenaient partout garnison séparée des enceintes militaires et ce, dans un rapport de 1 au plus à 10, un rapport que de Gaulle eût certainement dénoncé s’il avait contrevenu à sa position tranchée sur la question (voir « L’armée de métier – page 70 »).
• Je vous concède enfin que Bouteflika a commis une erreur grossière de venir se soigner à Paris, un acte que les Algériens dans leur grande majorité désapprouvent totalement. Soigneux de sa petite personne, il aurait dû, en refusant d’être pris en charge localement, se rendre partout ailleurs sauf en France. Vu le tollé qui a accompagné sa dernière hospitalisation dans votre pays, il serait d’ailleurs bien avisé de ne plus y retourner.
Je ne terminerais pas enfin sans vous faire part, Monsieur le Professeur, de mon profond désappointement d’observer un médecin de votre niveau se rabaisser à des considérations aussi néocolonialistes qui jettent un profond discrédit sur sa fonction même. L’Algérie française, n’en déplaise à ses nostalgiques, a vécu. L’Algérie, tout court, est libre et indépendante. Et, en faisant l’effort de se tourner vers l’avenir, son peuple a en même temps rompu avec son passé, et particulièrement avec sa nuit coloniale, malgré toutes les déchirures et tous les ressentiments qui ressortissent désormais de l’histoire. C’est aux générations montantes qu’il revient à présent de s’inscrire dans une autre dynamique, celle de construire l’avenir fondé sur l’amitié et la convivialité avec ses voisins, fussent-ils les colonisateurs d’hier. Et, dans ce sens, votre pamphlet n’y contribue en rien.
Pour ma part, enfin, la repentance n’est pas une fin en soi. Il faut laisser à demain ce qui ne peut se réaliser aujourd’hui. Au fil du temps, les choses finiront par rentrer d’elles-mêmes dans l’ordre.
En attendant, notre rôle devrait tendre à apaiser les esprits, à restituer à l’homme sa valeur morale avant toute chose, plutôt que de continuer à nous entredéchirer pour bien peu de choses finalement.
Je vous salue, Monsieur le Professeur.
Lam
tiré de www.AokasForum.com
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Alger, le 5 janvier 2008
Monsieur le Professeur,
Par l’entremise d’un site pied-noir qui me l’a transmise, je viens de prendre connaissance d’une copie de la lettre que vous avez destinée au président algérien, Bouteflika, à propos de « l’injure du génocide de l’identité… »
Bien que n’ayant guère ni l’intention ni la prétention de me substituer au destinataire qui dispose d’assez de conseillers et de rédacteurs compétents pour répondre, au besoin point par point, à cette correspondance bien fielleuse, je ne puis, en tant que simple lecteur algérien de culture essentiellement française, vous laisser dire nombre de contrevérités qu’il me plaît d’imputer simplement à de graves lacunes de votre culture historique.
• De la composition ethnique des populations nord-africaines du premier millénaire, vous faîtes un curieux amalgame, où s’entremêlent puniques, Romains et Berbères. Comme si les Phéniciens et les Romains avaient fait souche et pris une place prépondérante dans la région, vous reléguez les véritables autochtones, autrement dit les Numides ou Berbères, au dernier rang des ethnies dominantes. Poursuivant sur votre lancée, vous faîtes naturellement table rase de l’existence sur les lieux tant avant qu’après l’avènement de l’islam de royaumes organisés pouvant pourtant largement soutenir la comparaison avec leurs homologues d’Europe de la même période.
• Je voudrais croire que votre emploi péjoratif du mot « troupeaux » pour désigner des esclaves berbères résignés et conduits au Moyen Orient pour y être vendus dans les souks n’a pas la connotation à caractère animal que votre texte laisse entrevoir en filigrane.
• C’est avoir une piètre idée de l’histoire de France que de laisser accroire : « Les Français de 1830 sont venus à Alger pour détruire les repaires barbaresques … et affranchir du joug turc les tribus arabes et berbères opprimées ». Le projet de la colonisation de l’Algérie avait mûri en réalité, dès 1805, dans l’esprit du petit Napoléon, à la suite de la dégelée qu’il venait d’essuyer en Egypte par la marine de Sa Majesté. N’est-ce pas qu’il avait fallu, plus tard, à la marine française, user de mille subterfuges pour se faufiler à travers les mailles tendues par cette même marine britannique pour venir faire le siège d’Alger, pendant huit longues années, avant de déclencher l’invasion de Sidi-Ferruch, en juillet 1830 ? La vérité est que, emprisonnée dans ses frontières étroites, la France qui avait été battue à plate couture pour l’énième fois à Waterloo ne pouvait aller à la conquête d’autres terres plus lointaines sans courir le risque d’y laisser les dernières pièces de sa flotte. Pays dépeuplé et miséreux, l’Algérie toute proche, avec ses 3 millions d’habitants (et non 900000 comme vous l’écrivez faussement), était donc une proie facile pour la France de 30 millions qui était, du moins jusqu’en 1805, la première puissance mondiale.
• Dire encore que les populations algériennes de 1830 étaient sous-développées et soumises aux épidémies et au paludisme, démontre à n’en pas douter un parti pris manifeste que contredisent les officiers français eux-mêmes qui avaient conduit la colonisation. Voici ce qu’écrit le Colonel Forey, en soulignant d’ailleurs un digne fait d’armes qui, à mon sens, justifie à lui seul la fameuse repentance demandée à la France : « … Là, plus de gourbis isolés, mais des villages semblables à nos bourgs de France, dans les plus belles positions, tous entourés de jardins, de forêts immenses d’oliviers… Tous, nous étions stupéfaits de tant de beautés naturelles, mais les ordres étaient impératifs et j’ai cru remplir consciencieusement ma mission en ne laissant pas un village debout, pas un arbre, pas un champ. Le mal que ma colonne a fait est incalculable. Est-ce un mal ? Est-ce un bien ? Pour mon compte, je crois que c’est le seul moyen d’amener la soumission ou l’émigration de ses habitants… Le blocus du Grand-Pic, où nous avons pris par la soif et la faim une immense population, est un fait d’armes très remarquable.»
• Prétendre encore qu’à l’inverse des Turcs qui ont massacré les Arméniens ou des Américains les Amérindiens, etc., la France a plutôt soigné les populations du Maghreb…, c’est contredire un autre officier supérieur, le Colonel Canrobert à l’état d’âme suffisamment révélateur des réels objectifs poursuivis par la France en Algérie : « Acteur ou spectateur forcé dans une multitude de ces drames (pillages), je n’ai que trop appris à reconnaître les désastreux effets de ce terrible et barbare moyen. J’ai dû souvent gémir sur la démoralisation profonde qu’il jette dans le cœur du soldat qui égorge, vole, viole et s’y bat pour son compte particulier devant ses officiers souvent impuissants à le retenir… Nous avons fait de longues courses, pour brûler, piller et ravager les tribus comprises entre Blida, le Chélif et les environs de Cherchell : bien que la terreur que nous avons inspirée soit grande… le but principal qui est la pacification est loin d’être atteint. »
• Jouer au samaritain pour justifier par ailleurs la colonisation heurte incontestablement l’esprit même qui avait guidé ses concepteurs en même temps que ses exécuteurs. Le Général Lamoricière est l’un de ceux-ci qui ose écrire : « … Il nous faut des colons européens, car, nous ne pouvons jamais avoir assez de confiance dans les indigènes, qui, au premier bruit de guerre, ne manqueraient pas de se révolter. Entre la conquête et l’occupation réelle, la soumission des Arabes n’est qu’une transition indispensable. Une population chrétienne agricole peut seule nous permettre d’espérer qu’il nous sera possible, un jour, de nous maintenir en Algérie... Tout faire pour attirer le plus promptement possible en Algérie le plus grand nombre de colons possible, les encourager en leur donnant la terre aussitôt et au fur et à mesure qu’ils nous arriveront. »
• Oser avancer que la France a laissé, en 1962, une Algérie prospère, c’est encore faire fi d’une réalité criante et incontournable : « Nous étions, en 1956, une vingtaine de pharmaciens, 75 médecins, 400 instituteurs, 3 ingénieurs », écrivait Ferhat Abbas, page 22, dans « Autopsie d’une guerre ». Que pouvaient donc représenter de tels chiffres si édifiants par rapport aux dizaines de milliers de médecins, ingénieurs, pharmaciens et autres cadres recensés dans la communauté des pieds-noirs, pour la plupart venus d’Espagne, du Portugal, de Malte, d’Italie, de Pologne, et d’ailleurs qui bien souvent ne connaissaient pas même l’alphabet de la langue française ? N’est-ce pas là une autre justification pouvant appuyer la demande de repentance ?
• Nous rebattre les oreilles à tout bout de champ à propos des harkis, en leur attribuant des qualités que seule l’armée française leur avaient trouvées en les utilisant à bon droit pour exécuter les basses besognes qu’elle n’osait elle-même entreprendre, c’est encore remuer le couteau dans une plaie qui, par la faute des revanchards pieds-noirs, est loin est de se cicatriser. A vrai dire, les Algériens se sont déjà largement exprimés sur la question : ils vous font cadeau de ces criminels-là, dont de Gaulle seul avait su mesurer la valeur en les parquant sous bonne garde dans des enclos grillagés, exactement comme des bêtes féroces qu’ils ont toujours été.
• Quant aux chiffres dantesques des Algériens (ou même des harkis) tués au lendemain de l’indépendance, que l’on cite ici ou là sans consistance et sans preuve d’aucune sorte, je vous laisse personnellement libre de les multiplier à votre guise. Fruits de votre seule imagination, ils le resteront et n’auront d’impact que sur les esprits nigauds capables de les assimiler. Ayant vécu de près la totalité de la guerre d’Algérie, je puis assurer que ces supplétifs tenaient partout garnison séparée des enceintes militaires et ce, dans un rapport de 1 au plus à 10, un rapport que de Gaulle eût certainement dénoncé s’il avait contrevenu à sa position tranchée sur la question (voir « L’armée de métier – page 70 »).
• Je vous concède enfin que Bouteflika a commis une erreur grossière de venir se soigner à Paris, un acte que les Algériens dans leur grande majorité désapprouvent totalement. Soigneux de sa petite personne, il aurait dû, en refusant d’être pris en charge localement, se rendre partout ailleurs sauf en France. Vu le tollé qui a accompagné sa dernière hospitalisation dans votre pays, il serait d’ailleurs bien avisé de ne plus y retourner.
Je ne terminerais pas enfin sans vous faire part, Monsieur le Professeur, de mon profond désappointement d’observer un médecin de votre niveau se rabaisser à des considérations aussi néocolonialistes qui jettent un profond discrédit sur sa fonction même. L’Algérie française, n’en déplaise à ses nostalgiques, a vécu. L’Algérie, tout court, est libre et indépendante. Et, en faisant l’effort de se tourner vers l’avenir, son peuple a en même temps rompu avec son passé, et particulièrement avec sa nuit coloniale, malgré toutes les déchirures et tous les ressentiments qui ressortissent désormais de l’histoire. C’est aux générations montantes qu’il revient à présent de s’inscrire dans une autre dynamique, celle de construire l’avenir fondé sur l’amitié et la convivialité avec ses voisins, fussent-ils les colonisateurs d’hier. Et, dans ce sens, votre pamphlet n’y contribue en rien.
Pour ma part, enfin, la repentance n’est pas une fin en soi. Il faut laisser à demain ce qui ne peut se réaliser aujourd’hui. Au fil du temps, les choses finiront par rentrer d’elles-mêmes dans l’ordre.
En attendant, notre rôle devrait tendre à apaiser les esprits, à restituer à l’homme sa valeur morale avant toute chose, plutôt que de continuer à nous entredéchirer pour bien peu de choses finalement.
Je vous salue, Monsieur le Professeur.
Lam
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